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Pourquoi les urgences sont saturées : éclairages d’une étude de l’ICIS sur le système de santé canadien

Marzio Pelù, June 25, 2026

TORONTO – Les longues attentes dans les services d’urgence des hôpitaux canadiens reflètent une série de difficultés structurelles touchant l’ensemble du système de santé : manque de lits hospitaliers, insuffisance des structures de soins de longue durée, pénurie de personnel, augmentation de la complexité clinique des patients et difficultés d’accès aux services de proximité. C’est la conclusion d’un nouveau rapport de l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS), intitulé Les temps d’attente dans les services d’urgence du Canada : aperçu sous l’angle des systèmes de santé, qui analyse les causes des temps d’attente dans les services d’urgence du pays.

Selon l’étude (consultable dans son intégralité ici), les services d’urgence constituent désormais une sorte de « thermomètre » de l’état de santé global du système de santé : lorsqu’un maillon du réseau se bloque, les effets se répercutent inévitablement sur les services d’urgence.

« Une crise nationale touche actuellement les services d’urgence parce que nous avons optimisé tous les aspects des soins. Nous avons retranché toute la souplesse du système, sans toutefois freiner l’affluence. Nous sommes confrontés à une crise : il n’y a pas assez de ressources communautaires connectées ni de soins de longue durée », écrit le médecin urgentiste Paul Parks, ancien président de l’Alberta Medical Association, dans l’étude.

L’une des idées reçues les plus répandues est que les temps d’attente sont causés par des patients se présentant aux urgences pour des problèmes non urgents. L’ICIS réfute cette interprétation, montrant que les principaux facteurs de la congestion sont multiples : difficulté à transférer les patients vers les unités d’hospitalisation, manque de lits disponibles et insuffisances structurelles des soins communautaires et de longue durée.

Le premier facteur, en particulier, est une cause majeure des délais : de nombreux patients nécessitant une hospitalisation restent pendant des heures — et parfois des jours — aux urgences faute de lits disponibles dans les services. Selon les données de l’ICIS, la moitié des patients hospitalisés passent plus de 16 heures aux urgences avant d’obtenir un lit, et environ un sur dix y reste plus de 48 heures. Les effets sont en cascade : les brancards restent occupés, la capacité d’accueil diminue et la congestion augmente.

Un autre facteur important est l’augmentation de l’« acuité », c’est-à-dire la gravité et la complexité clinique des patients. Ceux-ci sont en moyenne plus âgés, présentent plusieurs pathologies simultanées et nécessitent des parcours diagnostiques et thérapeutiques plus complexes qu’auparavant, ce qui allonge la durée de séjour et augmente la charge de travail du personnel. Un autre point clé du rapport concerne les patients dits ALC (Alternate Level of Care), c’est-à-dire des personnes qui n’ont plus besoin de soins hospitaliers aigus mais qui ne peuvent pas être libérées faute de places dans les établissements de soins de longue durée, les résidences pour aînés ou les services à domicile. Ces patients occupent des lits qui pourraient être utilisés pour des admissions depuis les urgences, créant un effet domino qui ralentit l’ensemble du système. L’ICIS indique qu’environ un patient hospitalisé sur dix reste à l’hôpital en attendant des services communautaires ou de soutien appropriés.

La situation est encore aggravée par une pénurie chronique de personnel, avec des travailleurs de la santé confrontés à une charge de travail croissante et à un risque accru d’épuisement professionnel.

La conclusion de l’ICIS est claire : il n’existe pas de solution unique pour réduire les temps d’attente aux urgences. Se concentrer uniquement sur l’accès aux médecins de famille ou sur l’augmentation des consultations ambulatoires ne suffit pas. Une approche globale est nécessaire : augmenter la capacité hospitalière, renforcer les soins à domicile et communautaires, développer les infrastructures de soins de longue durée, améliorer la collecte des données et optimiser le parcours des patients dans l’ensemble du système.

En trois mots : tout à revoir.

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