TORONTO — Loin d’un simple recul, il s’agit d’un effondrement. La baisse progressive des voyages des Canadiens vers les États-Unis depuis le début du second mandat présidentiel de Donald Trump est bien plus importante qu’il n’y paraissait. C’est ce que révèle une étude menée par trois chercheurs canadiens de la School of Cities de l’Université de Toronto, Karen Chapple, Yihoi Jung et Jeff Allen, intitulée « Dans quelle mesure les voyages des Canadiens vers les villes américaines ont-ils diminué ? », réalisée dans le cadre du projet « Mapping Tariffs », qui vise à mesurer les conséquences des politiques commerciales de l’ère Trump, des menaces d’annexion et des tensions politiques qui en ont découlé.
Comme l’indiquent les chercheurs eux-mêmes, les premières estimations basées sur les passages de frontière entre le Canada et les États-Unis (telles qu’enregistrées par Statistics Canada: ici) faisaient état d’une baisse d’environ 25 %. Cependant, cette analyse annuelle des passages frontaliers ne donne pas une vision complète, selon les chercheurs, qui ont plutôt étudié l’activité des téléphones portables dans les principales zones métropolitaines américaines. Ils ont ainsi constaté une baisse médiane de 42 % des visites sur un an.
« Cela signifie que : a) les données de passages frontaliers ne captent pas l’ensemble de la baisse des voyages canadiens liés aux affaires et au commerce, et b) lorsque les Canadiens voyagent aux États-Unis, ils visitent moins d’endroits et y restent moins longtemps qu’auparavant », écrivent les chercheurs.
Chapple, Jung et Allen ont également établi un classement des villes américaines ayant enregistré les plus fortes baisses de visiteurs canadiens, en comparant les périodes 2024–25 et 2025–26. Myrtle Beach, en Caroline du Sud, arrive en tête avec une baisse de 65,4 %. Plusieurs villes de Floride — Panama City, Orlando, Cape Coral, Miami, Naples et North Port — figurent parmi les dix premières, tout comme Yuma (Arizona), Brownsville (Texas) et San Francisco. Les grandes destinations touristiques et les villes frontalières ont également été touchées, selon les données mobiles.
L’étude suggère que jusqu’à 50 grandes zones métropolitaines américaines ont enregistré des baisses de 50 % ou plus sur la période analysée. Seules 3 des 267 villes étudiées ont connu une hausse des voyages en provenance du Canada : Portland (Oregon), Gainesville (Floride) et Cleveland (Ohio).
Les chercheurs ont analysé des données issues de téléphones mobiles canadiens suivis entre avril 2024 et mars 2026. Pour être comptabilisé comme un voyage, un téléphone devait être détecté au Canada, puis aux États-Unis, puis de nouveau au Canada. Donc, contrairement aux statistiques de passages frontaliers, ces données incluent également le transport de marchandises, expliquent les chercheurs, ce qui met aussi en évidence une baisse de ce trafic depuis le début de la « guerre des droits de douane ».
Toutes les données sont disponibles en ligne sur https://mappingtariffs.org/canada-us-visits
Photo: CHUTTERSNAP, Unsplash
